« L’Autre Main » Une aventure récompensée aux Girafes Awards

Trois étudiantes EJE de deuxième année, un stage partagé au Centre d’Art Contemporain de Nîmes et une même mission : créer une rencontre entre l’art et la petite enfance. À partir de l’exposition La Gauchère de Marion Cachon, elles ont imaginé une visite contée et des propositions éducatives adaptées aux enfants de 0 à 7 ans. Quelques mois plus tard, cette aventure les a conduites jusqu’aux Girafes Awards, où leur projet reçoit le Prix étudiant 2026.

Elles vous content cette belle aventure.
 

Dans le cadre de notre deuxième année de formation d’Éducatrices de Jeunes Enfants (EJE) à l’Institut de Formation aux Métiers Éducatifs (IFME) de Nîmes, nous avons toutes les trois effectué notre stage au sein de la même structure, au Centre d’Art Contemporain de Nîmes (CACN). Notre mission avait un objectif central : créer une rencontre entre l’art et la petite enfance, en rendant accessible aux jeunes enfants une exposition déjà présente dans notre lieu de stage.

Cette exposition, La Gauchère, de l’artiste et graphiste Marion Cachon, n’avait pas été spécifiquement pensée pour un public de jeunes enfants. Notre travail a donc consisté à nous demander comment permettre à des enfants de 0 à 7 ans de la découvrir, de se l’approprier et surtout de la vivre à leur manière.

Parallèlement, la Semaine Nationale de la Petite Enfance, organisée autour du thème « Des équilibres », nous a offert l’occasion de donner une nouvelle dimension à cette mission.

De ce travail est progressivement né notre projet : « L’Autre Main – À hauteur d’enfant : trouver son équilibre autrement ».

La Gauchère, de l’artiste et graphiste Marion Cachon

La Gauchère est un projet de recherche et de création au long cours mené par la graphiste Marion Cachon. Déployé sous la forme de conférences, d’expositions et d’une publication textuelle et visuelle. Le projet « La Gauchère » s’attache à interroger un angle mort structurel du design : la place accordée aux gauchèr·es dans l’appréhension du quotidien.

Quand le hasard fait bien les choses…

La Gauchère interroge nos habitudes et notre rapport aux objets du quotidien, dont beaucoup sont pensés pour les personnes droitières. Les droitiers étant majoritaires, leurs gestes et leurs usages constituent souvent la norme à partir de laquelle notre environnement et de nombreux objets du quotidien sont pensés. Les gauchers apprennent donc à composer avec cet environnement : s’adapter, modifier leurs gestes et parfois trouver une autre manière de faire.

L’exposition de Marion Cachon vient justement jouer avec ce rapport entre gauchers et droitiers. Elle questionne nos habitudes et déplace notre regard sur les différences, mais aussi sur la « maladresse » parfois associée aux gauchers. Ce qui peut être perçu comme maladroit peut aussi être le résultat d’un environnement qui n’est tout simplement pas pensé pour la main que l’on utilise.

Et le hasard a voulu que cette exposition trouve un écho tout particulier au sein de notre groupe : sur trois étudiantes, deux d’entre nous sont gauchères. Pour une fois, les gauchères étaient donc majoritaires !

Nous nous sommes naturellement reconnues dans certaines situations évoquées par l’exposition. Des gestes, des adaptations ou de petites difficultés du quotidien qui peuvent passer inaperçu lorsque l’on est droitier nous étaient familiers. Nous n’avions pas réellement besoin d’imaginer ce que pouvait signifier évoluer dans un environnement principalement pensé pour l’autre main, nous le connaissions déjà.

Cette proximité avec le sujet a rendu notre rencontre avec La Gauchère particulièrement naturelle. L’exposition nous parlait directement et il nous semble évident de chercher à transmettre cette vision aux enfants. Non pas pour opposer gauchers et droitiers mais pour leur permettre d’expérimenter une idée simple : ce qui parait évident pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Changer de main, de point de vue ou de repères permet alors de découvrir autrement une situation que l’on pensait connaitre.

D’une exposition à une expérience à hauteur d’enfant

Lorsque nous sommes arrivées en stage, les différentes salles de l’exposition étaient donc déjà installées. Notre rôle n’était pas de créer une nouvelle exposition, mais de réfléchir à une question essentielle dans notre formation : comment rendre cet univers artistique accessible au jeune enfant ?

Une exposition telle qu’elle est traditionnellement conçue s’adresse rarement à un enfant de quelques mois, deux ans ou cinq ans. La hauteur des éléments, la manière de circuler dans l’espace, le temps d’attention, la compréhension de ce qui est présenté ou encore la place accordée au corps et à la manipulation nécessitent d’être repensés.

Nous avons donc cherché à faire évoluer cette exposition vers une véritable expérience à hauteur d’enfant, au sens propre comme au sens figuré.

À hauteur d’enfant, d’abord, dans l’aménagement et la manière d’investir les différents espaces. Mais également à hauteur de ses possibilités, de sa manière de comprendre le monde et de ses besoins d’exploration, de mouvement et d’expérimentation.

C’est ainsi que nous avons imaginé une visite contée, permettant de créer un fil conducteur entre les différentes salles de l’exposition. À cette histoire sont venues s’ajouter des propositions d’actions éducatives, directement en lien avec les espaces traversés.

L’enfant n’était alors plus seulement visiteur d’une exposition : il pouvait entrer dans l’histoire, agir, expérimenter et découvrir l’œuvre à travers son propre vécu.

Célestin, un petit lapin dans un monde trop grand

Pour donner vie à cette visite contée, nous avons imaginé Célestin, un petit lapin perdu dans un monde devenu beaucoup trop grand pour lui. Célestin est devenu le fil rouge de la visite. En l’accompagnant d’une salle à l’autre, les enfants étaient invités à entrer progressivement dans l’univers de l’exposition et à découvrir différents espaces dans lesquels leurs repères habituels pouvaient être bousculés.

Chaque salle, initialement pensée dans le cadre de l’exposition, a ainsi été réinvestie et adaptée pour devenir accessible aux jeunes enfants. Nous avons imaginé des propositions leur permettant d’éprouver les notions présentes dans l’exposition avec leurs propres moyens : leur corps, leurs gestes, leurs sens, leurs déplacements et leurs expérimentations.

Marcher sur des lignes, s’adapter à un sol instable, contourner des obstacles, modifier sa posture, manipuler des objets surdimensionnés ou encore découvrir une dinette adaptée aux gauchers : les différentes propositions invitaient les enfants à essayer et à chercher.

Célestion le lapin, qui vit dans un monde trop grand pour lui.Notre intention n’était pas de leur montrer comment faire, ni de les amener vers une « bonne » manière de retrouver leur équilibre. Nous souhaitions au contraire leur laisser la possibilité d’explorer librement, de tester, de recommencer, d’ajuster leurs gestes et d’élaborer leurs propres stratégies.

Petit à petit, le monde initialement trop grand de Célestin pouvait alors devenir plus accessible. Non pas parce que l’enfant recevait une solution toute faite, mais parce qu’il avait la possibilité d’explorer cet environnement et de trouver sa propre manière de s’y ajuster.

Célestion le lapin, qui vit dans un monde trop grand pour lui.

Et c’est ici que les différents fils de notre projet se rejoignent : le jeune enfant dans un monde souvent pensé à l’échelle de l’adulte, Célestin dans un monde devenu trop grand pour lui et le gaucher dans un quotidien majoritairement pensé pour les droitiers. Chacun, à sa manière, est amené à observer, essayer, s’ajuster et parfois inventer une autre façon de faire.

L’équilibre se construit alors par l’expérience.

Faire vivre l’art plutôt que simplement le regarder

À travers cette visite contée, notre objectif était donc de créer les conditions permettant à de jeunes enfants de rencontrer une exposition artistique qui, à l’origine, n’avait pas été pensée pour eux. Cela nous a amenées à réfléchir à ce que signifie réellement rendre l’art accessible à la petite enfance.

Pour un jeune enfant, découvrir ne passe pas uniquement par le regard ou par les explications de l’adulte. Il découvre avec l’ensemble de son corps : il touche, se déplace, observe, manipule, recommence, contourne, expérimente. Nous avons donc cherché à conserver l’univers et les questionnements de La Gauchère, tout en proposant aux enfants une autre manière d’y entrer.

 

L'autre main

Une expérience dans laquelle l’enfant pouvait devenir pleinement acteur.

La visite contée et les propositions éducatives sont ainsi devenues une sorte de passerelle entre l’exposition et le jeune enfant. Elles permettaient de transformer une visite qui aurait pu rester essentiellement visuelle en une expérience dans laquelle l’enfant pouvait devenir pleinement acteur.

Cette expérience nous a également amenées, en tant que futures EJE, à réfléchir à notre propre rôle : comment accompagner sans faire à la place ? Comment proposer sans imposer ? Comment aménager un environnement suffisamment sécurisant tout en laissant une véritable place à l’exploration ?

Une aventure qui se poursuit aux Girafes Awards

À l’issue de cette expérience, nous avons choisi de présenter notre projet aux Girafes Awards, organisés par l’association Agir pour la petite enfance. L’Autre Main a ainsi été présenté dans le cadre de la 13ᵉ édition des trophées, placée sous le thème « Des équilibres ».

Quelques mois plus tard, nous avons appris avec beaucoup de joie que notre projet avait retenu l’attention du jury et qu’il recevait le Prix étudiant des Girafes Awards 2026.

Le retour du jury nous a particulièrement touchées. Celui-ci a notamment retenu « le questionnement » proposé par notre projet ainsi que « la possibilité d’agir pour y réfléchir ». Il souligne également combien l’espace constitue pour l’enfant « une grande découverte qu’il explore à petit pas ».

Ces mots font écho à ce que nous avons voulu défendre à travers L’Autre Main : permettre à l’enfant d’être acteur de sa découverte, de rencontrer un univers artistique par l’expérience et lui faire confiance dans sa capacité à chercher, essayer et construire progressivement ses propres réponses.

Cette récompense représente également une belle reconnaissance pour notre formation puisque, pour la deuxième année consécutive, la filière EJE de l’IFME est récompensée par le Prix étudiant des Girafes Awards.

Trouver notre équilibre, nous aussi

Au-delà du prix, cette aventure résonne aujourd’hui d’une manière toute particulière pour nous trois.

Ce stage n’a pas toujours été facile. Tout au long de cette expérience, il nous a fallu chercher le juste milieu, nous questionner, nous adapter, revoir certaines choses, parfois recommencer et surtout apprendre à avancer ensemble. Avec le recul, cette réalité donne presque un autre sens au thème « Des équilibres »

Pendant plusieurs semaines, nous avons travaillé autour d’un petit lapin qui devait apprendre à évoluer dans un monde devenu trop grand pour lui. nous avons réfléchi à la manière dont un jeune enfant peut trouver sa place dans des espaces qui ne sont pas toujours pensés à son échelle. Nous avons travaillé autour d’une exposition qui interroge la manière dont les gauchers s’adaptent quotidiennement à un environnement majoritairement conçu pour les droitiers.

Et pendant ce temps, nous cherchions, nous aussi, notre propre équilibre au sein de cette expérience de stage.

Nous avons dû composer avec les situations rencontrées, ajuster nos attentes, trouver notre place et continuer à construire notre projet malgré les difficultés. Comme les enfants, au cours de la visite, nous avons tâtonné. Comme Célestin, nous parfois dû trouver une autre manière d’avancer. Et comme les gauchers dans un monde de droitiers, nous avons appris à nous adapter tout en gardant le cap sur ce que nous souhaitions construire et transmettre.

C’est sans doute ce qui donne aujourd’hui encore plus de sens à cette récompense. Elle ne vient pas seulement valoriser le résultat final de L’Autre Main, mais également le chemin parcouru ensemble pour y arriver.

Léonie, Marion, Élisa

Léonie, Marion, Élisa étudiantes EJE à l’IFME

L’aventure n’est d’ailleurs pas tout à fait terminée : le 12 octobre, nous aurons la chance de nous rendre à Paris pour assister à la remise des trophées des Girafes Awards, accompagnées de nos formatrices. Un moment que nous sommes heureuses de pouvoir vivre toutes les trois et de partager au nom de la filière EJE de l’IFME.

Finalement, cette expérience nous aura peut-être appris la même chose qu’aux enfants que nous avons accompagnés : trouver son équilibre ne signifie pas rester immobile. Il faut parfois accepter de tâtonner, de se déséquilibrer et d’essayer autrement pour trouver sa propre manière d’avancer.

Léonie CIANTAR, Marion DUMEC, Élisa BÉLANGER
Étudiantes Educateur de Jeunes Enfants à l’IFME

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